A peine arrivee au Mali, les vrais emmerdes commencaient ...
Le nombre d'heures que l'on a passe a negocier avec douanes et gendarmes est inimaginable!!!
Lorsque l'on est en taxi, le chauffeur ne perd pas de temps a negocier: il paye le bakchich qu'on lui demande et basta... Ce n'est donc pas une prise de tete pour les passagers...
L'histoire n'est pas la meme lorsque l'on est a bord d'une voiture conduite par des particuliers, qui plus est des Nigerians. Les gendarmes Maliens, persuades que ces derniers sont plus fortunes qu'eux, majorent d'office leur bakchich. Comme les Nigerians trouvent cela injuste et refusent de payer (et je suis a 100% d'accord avec eux), nous passerons plusieurs heures a attendre, et ce, a chaque barrage!
Le plus amusant dans tout cela sera bien evidemment l'originalite de nos "soi-disantes" infractions... allez, deux petites anecdotes:
1) Les gendarmes nous reprochent de ne pas avoir respecte les limitations de vitesse, ce qui est quelque peu enervant lorsque cela fait plus de cent bornes que l'on roule a 20kms\h a cause d'un probleme moteur! C'est d'ailleurs ce que je leur explique. L un d entre eux n apprecie pas ma remarque : "Comment ca, tu me traites de menteur? et blablabla et blablabla." Ne supportant pas que je remette en cause ses pratiques (en fait, je lui ai aussi dit a quel point j'etais decue qu'il y ait autant de flics corrompus en Afrique) je serai provisoirement "viree" du bureau! Il ne comprend pas pourquoi je prends la defense des Nigerians, persuadee que ma vraie profession est "avocate" et non etudiante comme je le pretends. Oui, c est pas mal d etre etudiant losque l on voyage (merci Mat). Voyant que l'on ne cede pas, il se vexe puis nous laisse partir en nous demandant que la moitie de la somme initiale.
2) Bien que Charles m'ait assure qu'il n'y avait plus de controle sur cette portion de route, c'est au volant de la voiture (alors que je n'ai pas de permis sur moi... ce qui aurait fait l'objet d'un bakchich eleve non negociable) que j'apercois un barrage. Ni vu ni connu, nous echangeons nos places. Ouf! Cette fois-ci, le gendarme fait dans l'original puisqu'il reproche a Charles de conduire une voiture "volee"!!! Moi personnellement, je n'en peux plus: ca fait maintenant plus de deux jours qu'on roule, sans avoir vraiment dormi, et ces gendarmes commencent serieusement a me taper sur le systeme. Moi qui suis de nature plutot patiente, j ai un peu de mal a me controler sur ce coup-ci: "Attendez, on a passe plus d'une heure et demie a la frontiere avec un policier dont c'est la profession, a attendre que celui-ci controle l'integralite des papiers de la voiture...trouvez une autre excuse!" Oups, la, j'aurais peut etre du me taire! "Mais attends, toi, qu'est ce que tu fais dans cette voiture...volee?" "tu lui as donne de l'argent?" "Normal, je participe au frais d'essence" "Un conducteur qui n'a pas de licence n'a pas le droit de prendre une personne en stop!" La, il est tout excite d'avoir enfin trouve une infraction "legitime" et debite son beau discours, en haussant la voix et en gesticulant dans tous les sens. Par peur de manquer mon vol, je suis prete a remballer ma fierte et mes ideaux et a regler ce *** de bakchich. Mais non, pas moyen! "Ah non, d'abord on parle, ensuite on negocie" Ce qui signifie, je vais d'abord te raconter ma vie... "Tu sais, moi ca fait 30 ans que je travaille ici..."
Apres une heure de sourires forces, en essayant au maximum de lui faire croire que je suis passionnee par ses histoires, et apres lui avoir promis que je ne referai jamais de stop, surtout avec des "voleurs, dealers et truands" de Nigerians, il nous laissera enfin partir, sans payer de bakchich, a mon grand etonnement. Comme quoi, un peu de zele en Afrique vaut mieux que de la franchise...
Bon finalement, il ne me reste plus qu'une journee pour retrouver Stephane (504 frigo) afin de lui rendre l'argent qu'il m'a prete en Mauritanie, trouver des cadeaux pour Noel (difficile a croire sous cette chaleur, mais Noel, c'est dans 2 jours!), me tresser les cheveux, et rencontrer Gerard, chez qui je devais normalement loger. Gerard est un ami de Marie-Odile (mere de Florent, ami de Bastien) qui travaille dans une ecole maternelle. Je suis un peu genee de ne rester que si peu de temps chez lui alors qu'il m'attend depuis plusieurs semaines. Mais il connait l'Afrique et ne m'en veut pas...
Moi qui avais prevu de rentrer en Europe par la route (via l'Algerie et la Tunisie), j'etais bien loin de me douter que l'Afrique allait me reserver autant d'aventures. Avec deux semaines en plus, j'y serais peut etre arrivee???
Ca y est, me voila dans l'avion...je me promets de revenir au plus vite en Afrique, pays certes pauvre economiquement mais O combien riche en solidarite et humanite!!!
Mon recit de l'Afrique en a peut etre refroidi plus d'un, qui hesitait a venir faire un petit sejour sur le continent. Bien evidemment, ce n'etait pas le but. Il n'est pas evident pour moi de faire part de mes sentiments et de decrire les rencontres formidables que j ai fais (et Allah sait qu'il y en a eu! ) c'est pourquoi j'en parle peu.
Ce qu'il faut retenir de l'Afrique, c'est que ses habitants ont un coeur enorme, un sens de l'hospitalite inegalable et une immense joie de vivre (malgre les galeres qu'ils rencontrent). C'est ce qui fait la force de l'Afrique et ce qui m'a beaucoup touche. C'est simple, je me sentais tellement bien la-bas que je n'ai pu retenir mes larmes en partant...
Love Africa forever...
Fatoumata CAMARA BARRY :-)
Avant de quitter Conakry, je fais mes adieux a Hassanatou, que je quitte les yeux remplies de larmes (je risque de ne pas revenir avant un long moment en Guinee et nous savons toutes deux qu'il sera difficile d'etablir une correspondance entre temps). En revenant, je m'apercois que je n'ai pas pris les clefs de la maison avec moi. Comme personne n'entend mes appels, que mes plans A et B ont foires et qu'il ne me reste que tres peu de temps pour improviser un plan C, je decide d'escalader le mur. Ces quelques deux-trois metres ne me paraissent pas si hauts donc je saute. Bonne reception, meme pas mal...enfin pour le moment!!!
Je commence a me dire que je ne serai jamais a temps chez Gerard (Bamako) pour feter Tabaski. Mais lors d'une halte pour nous restaurer, j'entends des Nigerians parler de Bamako. En effet, ils se rendent au Nigeria et passent donc par le Mali. Je saisis donc cette opportunite pour me joindre a leur convoi. Quelle erreur n'avais-je pas fais la!
La reparation de l'une des voitures a Siguiri nous permettra de feter Tabaski avec une famille "extremement" nombreuse et tout aussi genereuse. J'assiste donc a ma premiere fete de l'Aid, qui se trouve etre encore plus impressionnante ici, puisque ce n'est pas un mouton que l'on egorge mais une vache! (les paysans du bled faisant avec les moyens du bord!)
Le trajet collectif de Dakar a Conakry (capitale de la Guinee) est plus que fatiguant (31h), et j'aurai l'occasion de constater que le siege arriere n'est pas forcement la meilleure place lorsque l'on a de grandes jambes... surtout lorsque le chauffeur ne s'arrete que toutes les six heures! Les deux Guineennes qui sont censees "assurer" ma protection, se trouvent etre en fait plus qu'antipathiques, profitant de chaque occasion pour tenter de me sous-tirer de l'argent. De plus, persuadees que je leur appartiens, meneront la vie dure a tous les passagers qui oseront discuter avec moi (laisse-la, c'est "notre" etrangere!)
J'arrive a Conakry en pleine nuit mais ne parviens pas a joindre Adama. On me propose donc un toit en attendant que le jour ne se leve. Ce n'est que le lendemain matin que je decouvrirai mon hote (Hassanatou, une charmante femme de 35 ans) et ses deux filles (Ousmane, 18 ans et Hadiatou, 5 ans). Depuis son divorce, Hassanatou et ses filles vivent dans un logement plus que precaire (piece de 10 metres carres, sans electricite; rechaud, eau courante (quand elle n'est pas coupee!) et toilette seche en commun). Donnant priorite aux etudes de ses filles et aux soins de sa derniere (atteinte de la fievre typhoide et du paludisme), Hassanatou fait comme elle peut pour nourir sa famille avec son maigre salaire de vendeuse (tient un mini stand d'articles de nurserie, ses filles prenant le relais en rentrant de l'ecole). Malgre cela, c'est a bras grands ouverts qu'Hassanatou m'accueille sous son toit, refusant que je sorte le moindre franc guineen de ma poche durant les trois jours que je passerai chez elle (Adama restant injoignable durant tout ce temps).
Hassantou m'emmene au meeting de l'UPR (Union pour le Progres et le Renouveau), parti qu'elle soutient puisqu'elle vient du meme bled que la femme du President Ousmane BAH! A peine arrivee, je suis conduite dans la tribune officielle, ou apres avoir salue les 300 personnes du public a l'annonce de mon nom (lors de la presentation des personnes "respectueuses" dont apparemment je fais partie) j'aurai l'occasion d'echanger avec le President et les quelques deputes presents a propos de leur programme (acces libre a l'eau et l'electricite, abolition de la corruption...)
Finalement, Adama recoit un de mes messages et vient me chercher chez Hassantou. En fait, il y avait eu une coupure de courant et son portable n'avait pu etre recharge. Quelle joie de retrouver ma meilleure pote des States!!! J'avais rencontre Adama huit ans auparavant lors de mon sejour a Austin (Texas) , et nous avions perdu contact pendant presque sept ans. Son beau sourire et sa joie de vivre meritaient bien que je fasse tous ces kilometres et ces heures en taxi-co-sardines!!! Nous profitons des deux jours qu'il nous reste pour papoter un peu de nos dernieres annees passees et projets a venir, et a nous rememorer notre sejour a Austin.

Dans le bus, je fais la rencontre de Nourou, un Mauritanien propriétaire d’une boutique à Kaedi, qui se rend dans la capitale histoire de rapporter quelques fringues à la mode. Vu notre arrivée tardive, Nourou me propose de venir dormir chez son frère. Finalement, j’y suis tellement bien que je reste trois jours auprès de cette famille bien sympathique… A jouer avec les enfants de deux, six et dix ans, à regarder les séries avec les femmes de la famille, et à discuter politique et religion avec les hommes autour d’un thé à la menthe. Servi à la Mauritanienne s’il vous plait ! Le secret du service étant de transvaser une bonne trentaine de fois le thé de verre en verre de façon à le laisser respirer…tout un art !

Petit WE de repos : farniente, ballade sur les bords du fleuve et au marché avec Luca et ses collègues Murielle (Croix Rouge) et Rica (Allemande, en charge de l’accueil des réfugiés politiques). Luca s’assurera, avant de me laisser repartir, que mon moral et ma santé sont bons, même s’il juge un peu fou mon souhait de rejoindre l’Europe par la route (traversée de l’Algérie) et d’effectuer ce voyage en Afrique en si peu de temps. Moi, ça me paraissait faisable : j’aurais fait n’importe quoi pour atteindre la Guinée et y retrouver Adama, les kilomètres ne me faisant pas peur. C’est plus tard que je comprendrai ce qu’il a voulu me dire…